Le président Emmanuel Macron devrait annoncer, lors d’un déplacement à Varces (Isère), ce jeudi 27 novembre, le lancement officiel d’un service militaire volontaire à destination des jeunes citoyens.
Emmanuel Macron annoncera ce jeudi « une transformation du Service national universel (SNU), un dispositif décrié, en service militaire volontaire à l’heure où l’Union européenne est contrainte à un aggiornamento sécuritaire face à des menaces de plus en plus fortes, notamment en provenance de la Russie.
La France épouse ainsi un mouvement à l’oeuvre dans plusieurs pays européens qui ont adapté ou réactivé la conscription militaire ou l’enrôlement volontaire à l’aune de ces nouveaux enjeux géostratégiques – singulièrement du conflit russo-ukrainien en cours depuis février 2022.
« Les Allemands, Danois, pays de l’Est, une dizaine de pays s’engagent aussi sur cette voie », souligne-t-on à l’Elysée.
Le président Jacques Chirac avait décidé en 1996 la suspension de la conscription en France, effective depuis 1997.
Un service national universel civil a été créé en 2019 pour les jeunes de 15 à 17 ans, avec un « séjour de cohésion » et deux semaines de mission d’intérêt général, mais le « SNU » n’a jamais suscité l’engouement.
Le chef de l’Etat annoncera l’instauration de ce « service militaire volontaire » nouvelle manière (un dispositif du même nom existe déjà, mais avec un objectif d’insertion sur le marché du travail) à l’occasion d’une visite à la 27e brigade d’infanterie de montagne de Varces (Isère).
« Le projet est réaliste et tient compte de l’état de nos disponibilités aujourd’hui. Il est réaliste et phasé dans le temps », dit-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron.
Lors de son traditionnel discours aux Armées, le 13 juillet dernier, le président, chef des armées, avait mis en exergue « un moment de bascules », citant notamment « la permanence d’une menace russe aux frontières de l’Europe » et « l’hybridité croissante des conflits ».
« Il n’y a plus d’arrière et il n’y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps et supposent de la densité. Ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la nation », avait-il souligné.
Jusqu’à « perdre ses enfants »?
Ces mots du chef d’état-major des armées françaises, le général Fabien Mandon, prononcés le 18 novembre lors d’un discours au Congrès des maires de France, à Paris, ont alarmé et brouillé le message présidentiel.
« POUVOIR SE BATTRE »
« Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à la production de défense, alors on est en risque », a déclaré l’officier, prédisant une confrontation avec la Russie d’ici à 2030.
Selon une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) publiée en avril 2024 sous la direction de la sociologue Anne Muxel dont l’Elysée a pris connaissance, quatre jeunes sur dix âgés de 18 à 25 ans, soit une proportion relativement constante depuis une bonne vingtaine d’années, se disent prêts à s’engager.
« Certains événements majeurs, notamment en 2015 après la série d’attentats touchant le pays, ont même déclenché un surcroît d’adhésion à ce type d’engagement. Ces dispositions favorables ne se traduisent pas automatiquement par des passages à l’acte concrets, loin de là, mais elles confirment la bonne image des armées », relève la directrice déléguée du Cevipof.
« Confrontés à la perspective d’éventuels conflits majeurs sur le sol français, leurs capacités de résilience [des jeunes, NDLR] sont perceptibles dans leurs réponses. Une large majorité d’entre eux se sent concernée et dit pouvoir se battre. »
Cette perspective fait bondir dans les rangs de La France insoumise (LFI), qui refuse, par la voix de son chef de file Jean-Luc Mélenchon, de « prévoir des sacrifices qui seraient la conséquence de nos échecs diplomatiques. » L’ancien sénateur plaidait toutefois lors de la campagne présidentielle de 2022 pour une conscription obligatoire de neuf mois.
Emmanuel Macron s’est employé à calmer les esprits mardi sur RTL.
« Il faut vraiment, en tout cas tout de suite, supprimer toute idée confuse qui consisterait à dire qu’on va envoyer nos jeunes en Ukraine. Ce n’est pas du tout le sens de cette affaire », a-t-il assuré en écho au propos « déformé » du général Mandon.
Pour le Parti socialiste, l’hypothèse d’un service militaire volontaire est « un élément de la dissuasion et, à ce titre, un élément important ». Le Rassemblement national et les Républicains ont salué l’initiative présidentielle.
(Rédigé par Sophie Louet et Elizabeth Pineau, édité par Blandine Hénault)





