Ebola en RDC : Une épidémie « fulgurante » qui défie la riposte mondiale

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L’épidémie d’Ebola « fulgurante » au Congo dépasse la réponse mondiale

Face à une souche rare et très meurtrière du virus Ebola, pour laquelle il n’existe aucun vaccin ni traitement, la réponse internationale est en état d’urgence critique. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie progresse plus vite que les équipes sanitaires, en exposant des milliers de personnes et en menaçant de se propager à travers l’Afrique.

Au cœur des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, théâtres d’un conflit armé dévastateur depuis des décennies, une « collision catastrophique » s’opère entre la maladie et la guerre.

C’est l’avertissement sévère lancé par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, alors que l’épidémie de la souche Bundibugyo s’étend sans contrôle.

Alors que le bilan officiel fait état de 220 décès suspects et plus de 900 cas présumés, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité, largement sous-estimée en raison des immenses difficultés de surveillance.

« Nous savons que l’ampleur de l’épidémie en RDC est beaucoup plus grande », a prévenu l’OMS, soulignant que le virus a circulé de manière invisible pendant six semaines avant sa détection officielle, le 15 mai dernier.

 « L’épidémie nous dépasse »

Le constat est sans appel : la riposte est à la traîne. Selon des documents internes issus d’une réunion de coordination tenue vendredi dernier, les équipes sanitaires ne parviennent à retrouver qu’une infime partie des personnes exposées.

À cette date, seuls 7 % des 1 261 contacts identifiés avaient été localisés et suivis, un chiffre que l’OMS estimait mercredi à plus de 2 000.

« En résumé : il n’existe aucun vaccin ni traitement. Le virus a circulé sans être détecté. La transmission transfrontalière est confirmée. Chaque jour sans une riposte à la hauteur contribue à la progression de l’épidémie », pouvait-on lire dans une présentation de l’équipe Afrique de l’OMS.

Le professeur Salim Abdool Karim, épidémiologiste sud-africain de renom et conseiller clé des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), a qualifié la progression du virus de « vertigineuse ». « S’il fallait choisir un endroit où cela pourrait mal se passer, ce serait bien l’Ituri », a-t-il déclaré.

 Un terrain miné par la défiance et l’insécurité

Sur le terrain, les obstacles sont multiples. Dans des villes comme Bunia ou la zone de santé de Rwampara, la méfiance des communautés, traumatisées par des années de violences et des épidémies mal gérées, se mue souvent en violence.

Les agents de santé sont attaqués, des tentes d’isolement sont incendiées par des foules en colère qui récupèrent les corps de leurs proches, inconscientes des risques de contamination.

« Les gens ont peur. En Afrique de l’Ouest, les gens se cachaient en se disant : « À quoi bon mourir et que ma famille ne puisse pas récupérer mon corps ? » », a témoigné Mamadou Kaba Barry, chef de mission pour l’Alliance pour l’action médicale internationale.

Il redoute donc une répétition de la tragédie de 2014-2016 (plus de 11 000 morts). Cette défiance est exacerbée par une désinformation massive, certains habitants accusant les autorités d’avoir « créé la maladie à des fins commerciales ».

Parallèlement, la guerre fait rage. Les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, qui contrôlent désormais des villes clés comme Goma et Bukavu, ont provoqué le déplacement de plus de 100 000 personnes, créant des conditions idéales pour une propagation fulgurante du virus dans des camps surpeuplés.

 Le vide laissé par les États-Unis

À cette crise locale s’ajoute un bouleversement géopolitique majeur. Le retrait des États-Unis de l’OMS, décrété en janvier, et les vastes coupes budgétaires dans l’aide internationale ont considérablement affaibli la riposte mondiale.

Plusieurs sources, dont un responsable américain informé du dossier, ont confié que par le passé, de tels problèmes auraient été résolus plus rapidement, lorsque Washington codirigeait la réponse internationale.

Les organisations qui auraient été en mesure d’accomplir ce travail n’existent plus », a déploré ce responsable. Selon une enquête de CNN, les coupes budgétaires ont entraîné le licenciement de milliers d’agents de santé communautaires et la fermeture de cliniques, réduisant à néant des années de travail de préparation.

De plus, des chercheurs clés de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) ont été empêchés de communiquer directement avec l’OMS pour partager leur expertise.

Une souche orpheline de vaccin

Contrairement à la souche Zaïre, responsable des précédentes épidémies en RDC et pour laquelle des vaccins existent, la souche Bundibugyo est une variante plus rare. Découverte en Ouganda en 2007, elle ne dispose d’aucun vaccin approuvé ni de traitement spécifique.

Seuls deux anticorps monoclonaux sont actuellement à l’étude, mais ils restent indisponibles à grande échelle. L’urgence est donc de revenir aux « fondamentaux » de la lutte anti-Ebola : le traçage des contacts, l’isolement des malades et les enterrements sécurisés. Un défi monumental alors que les équipes manquent de carburant, de matériel de protection et de personnel.

« Ça va empirer avant de s’améliorer », a reconnu le Dr Tedros. Alors que le CDC Afrique a lancé un plan unifié et urgent pour tenter d’endiguer la crise, les experts appellent à une mobilisation financière et logistique immédiate.

« Nous revenons à une époque où nous n’avions pas les moyens de contenir Ebola comme avant l’avènement des vaccins », résume le Dr Alan Gonzalez, de Médecins Sans Frontières. Une époque que la communauté internationale pensait avoir définitivement révolue.

CTV avec Reuters

 

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