Au Burkina Faso et au Mali, les forces armées accusées de causer davantage de victimes civiles que les groupes djihadistes

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Des soldats burkinabés en patrouille
Des soldats burkinabè patrouillent dans la région du Sahel, au Burkina Faso. /Photo prise le 3 mars 2019/REUTERS/Luc Gnago

Selon une étude publiée jeudi par l’ONG Human Rights Watch, les forces gouvernementales burkinabè et leurs alliés auraient tué, depuis 2023, un nombre de civils supérieur à celui attribué aux groupes islamistes armés. Une tendance corroborée par les données de ACLED, organisme spécialisé dans le suivi des conflits, qui étend ce constat au Mali voisin.

 D’après ACLED, au Mali comme au Burkina Faso, deux pays dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État, les forces étatiques sont responsables, ces deux dernières années, de trois à quatre fois plus de morts civiles que les groupes djihadistes.

La recrudescence des violences perpétrées par des groupes islamistes armés au Burkina Faso, au Mali et au Niger depuis 2021 a transformé le Sahel en un foyer majeur du terrorisme mondial.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que les exactions imputées aux forces gouvernementales pourraient renforcer la légitimité de certains groupes armés et favoriser leur recrutement.

Ces dynamiques risquent également de compliquer les efforts de rapprochement entre Washington et les nouvelles autorités sahéliennes, lesquelles ont, depuis leur arrivée au pouvoir, expulsé les forces occidentales, notamment françaises.

« Les forces de sécurité burkinabè et leurs alliés semblent plus brutales et violentes que certains groupes affiliés à Al-Qaïda », affirme Ilaria Allegrozzi, citant notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Les autorités maliennes et burkinabè n’ont pas répondu aux sollicitations de Reuters. Elles rejettent toutefois régulièrement ces accusations, affirmant que leurs opérations ciblent exclusivement des « terroristes ».

Des bilans humains alarmants

Dans son rapport couvrant la période de janvier 2023 à août 2025, Human Rights Watch recense 57 incidents au Burkina Faso qui ont entraîné la mort de 1.837 civils, dont 1.255 imputés aux forces gouvernementales et à leurs supplétifs.

Pour la seule année 2025, l’armée burkinabè et ses alliés ont tué 523 civils, contre 339 attribués au GSIM et à l’État islamique au Sahel, selon ACLED.

Au Mali, les forces armées, appuyées par des groupes paramilitaires russes tels que Wagner et Africa Corps, sont accusées d’avoir causé la mort de 918 civils en 2025, contre 232 pour les groupes djihadistes.

 Témoignages et méthodes d’enquête

 Les données d’ACLED reposent sur des sources ouvertes, notamment les réseaux sociaux, les médias et les rapports d’acteurs institutionnels et non gouvernementaux.

De son côté, Human Rights Watch indique avoir interrogé plus de 450 personnes et analysé des images satellites, tout en précisant que les chiffres avancés ne sont pas exhaustifs.

Un habitant de l’est du Burkina Faso, interrogé sous couvert d’anonymat, décrit une opération militaire menée en juillet 2024 dans le village de Sakoani, près de Kantchari : « Lorsque les soldats ont constaté que le village était habité, ils l’ont encerclé et ont abattu tout ce qui bougeait. » Il affirme avoir vu au moins une centaine de corps.

L’usage croissant de drones au Mali

Au Mali, l’utilisation de drones dans les opérations militaires suscite également des inquiétudes. Selon ACLED, le nombre d’incidents impliquant ces appareils est passé de quatre en 2022 à 66 en 2025, causant au moins 155 morts cette année-là.

Des frappes menées en juillet 2024 sur un site d’orpaillage à Inatiyara, dans le nord du pays, auraient fait au moins 50 victimes civiles. Des témoins évoquent des scènes de panique et de confusion après les attaques.

Des exactions également imputées aux groupes djihadistes

Human Rights Watch et ACLED documentent également des violences attribuées aux groupes islamistes. Le GSIM est notamment accusé d’avoir tué au moins 133 personnes à Barsalogho, au Burkina Faso, en août 2024, ainsi que 19 civils à Diallassagou, au Mali, en mai de la même année.

Malgré ces exactions, certains analystes soulignent que le GSIM parvient à s’implanter localement en se présentant comme un protecteur de communautés marginalisées, notamment les Peuls.

« À mesure que les États recourent davantage aux représailles collectives, de plus en plus de civils se retrouvent sous contrôle djihadiste, où ces groupes renforcent leur emprise par la coercition et des stratégies d’ancrage local », analyse Heni Nsaibia.

CTV Info avec Reuters

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