Si le conflit au Moyen-Orient venait à s’achever dans l’immédiat, le constat est sans équivoque : le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en sort politiquement consolidé, tandis que le président américain, Donald Trump, fait face aux répercussions économiques et diplomatiques d’une crise qu’il peine à maîtriser.
En Israël, la guerre a profondément reconfiguré le paysage politique au profit de Benjamin Netanyahu. En recentrant le débat national sur l’Iran, ennemi fédérateur au sein de l’opinion publique, le conflit a relégué au second plan la question de Gaza, plus clivante sur la scène intérieure.
À Washington, la dynamique est inverse. Donald Trump apparaît englué dans une confrontation dont l’issue demeure incertaine. Le conflit expose davantage les alliés du Golfe, premières cibles potentielles de représailles iraniennes, tout en fragilisant le discours économique et politique qui a soutenu son retour au pouvoir en janvier 2025.
« Il y a clairement un gagnant et un perdant », analyse Aaron David Miller, ancien négociateur américain au Moyen-Orient. « Netanyahu s’impose comme le principal bénéficiaire, en démontrant la capacité militaire d’Israël, tandis que les États du Golfe apparaissent comme les grands perdants. » Quant au président américain, ajoute-t-il, aucune stratégie claire ne lui permet pour l’heure de revendiquer une victoire.
Donald Trump, qui exigeait une capitulation sans condition de l’Iran, semble avoir sous-estimé la résilience de Téhéran. Là où il espérait trouver un interlocuteur conciliant, à l’image de la dirigeante vénézuélienne Delcy Rodríguez après la capture de Nicolás Maduro, il se heurte à une posture de fermeté comparable à celle du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, souligne l’analyste Karim Sadjadpour.
Une guerre perçue comme existentielle en Israël
Contrairement aux États-Unis, où le conflit suscite davantage de réserves, la guerre contre l’Iran est largement perçue en Israël comme une nécessité stratégique, voire existentielle. « Même en l’absence de changement de régime, l’affaiblissement de l’Iran et de ses alliés régionaux constitue un objectif majeur pour Netanyahu », explique Natan Sacks, chercheur au Middle East Institute.
Sur le terrain, Israël et les États-Unis semblent opérer selon une répartition tacite des rôles. L’armée israélienne concentre ses frappes sur l’ouest et le nord de l’Iran, en ciblant notamment les installations nucléaires et les sites de missiles balistiques.
De leur côté, les forces américaines privilégient l’est et le sud, en particulier la zone stratégique du détroit d’Ormuz, afin de réduire les capacités navales iraniennes. Si Israël s’emploie à affaiblir méthodiquement les structures de commandement iraniennes, aucune issue rapide ne se dessine.
Les analystes estiment par ailleurs que l’État hébreu pourrait se montrer plus tolérant face à une éventuelle instabilité en Iran, les répercussions régionales étant jugées plus limitées pour lui, notamment après l’affaiblissement du Hamas et du Hezbollah ces dernières années.
À l’inverse, les États-Unis et leurs partenaires du Golfe restent fortement exposés à d’éventuelles représailles iraniennes, notamment contre les infrastructures énergétiques. De telles attaques pourraient entraîner une flambée des prix du pétrole et perturber durablement le trafic maritime dans la région.
L’attaque israélienne contre le vaste gisement gazier iranien de South Pars illustre les tensions entre Washington et Tel-Aviv. Donald Trump a affirmé que les États-Unis n’avaient pas été informés de l’opération, bien que plusieurs médias israéliens évoquent un feu vert implicite de l’administration américaine.
Le président a par ailleurs indiqué avoir demandé à Benjamin Netanyahu d’éviter toute frappe contre les installations énergétiques iraniennes, une requête qui aurait été acceptée.
Un avantage militaire sans gain politique décisif
Malgré des succès notables sur les plans militaire et géopolitique, Benjamin Netanyahu ne bénéficie pas encore d’un rebond significatif dans l’opinion publique à l’approche des élections législatives prévues en octobre.
Les sondages indiquent que sa coalition, qui s’étend de la droite à l’extrême droite religieuse, ne parviendrait pas à obtenir la majorité à la Knesset, avec environ 50 sièges sur 120.
CTV Info avec Reuters





