Au moins 408 personnes ont été tuées et 265 autres blessées dans une frappe aérienne attribuée au Pakistan contre un centre de désintoxication à Kaboul, ont annoncé mardi les autorités talibanes, une accusation immédiatement rejetée par Islamabad.
Selon un porte-parole du gouvernement taliban, le bombardement a visé lundi vers 21h00 (16h30 GMT) l’hôpital Omid, un établissement de 2 000 lits dédié à la prise en charge des toxicomanes. Le Pakistan affirme de son côté avoir « ciblé avec précision des installations militaires et des infrastructures de soutien au terrorisme ».
Cette attaque intervient dans un contexte de fortes tensions entre les deux pays voisins, désormais engagés, selon Kaboul, dans une « guerre ouverte » depuis le mois dernier.
Dans un message publié sur le réseau X, Hamdoullah Fitrat, porte-parole adjoint du gouvernement taliban, a confirmé que la frappe avait touché l’établissement hospitalier.
Islamabad soutient toutefois que la cible se situait à proximité de Camp Phoenix, présenté comme un « site de stockage d’équipements et de munitions terroristes ».
Le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, a évoqué des « explosions secondaires » après l’attaque, estimant qu’elles témoignent de la présence de dépôts de munitions.
Des habitants de Kaboul, ainsi qu’un journaliste de Reuters, indique que Camp Phoenix, ancienne base de l’Otan, a été reconverti il y a une dizaine d’années en centre de désintoxication, connu sous le nom de Camp Omid (« camp de l’espoir »), officiellement appelé hôpital Ibn Sina pour le traitement des addictions. Selon ces sources, c’est bien cet établissement qui a été touché, sans lien avec un autre hôpital portant le nom d’Omid.
Des bâtiments dévastés
Sur place, les dégâts sont considérables. Un bâtiment de plain-pied, aux murs calcinés, porte les stigmates de l’incendie. D’autres structures ont été réduites à des amas de bois et de métal, tandis que des lits superposés, des couvertures et des effets personnels jonchent le sol.
Le porte-parole du ministère afghan de l’Intérieur, Abdul Mateen Qanie, a fait état de 408 morts et 265 blessés, en précisant que les victimes ont été réparties dans plusieurs hôpitaux de la capitale, sans détailler les modalités d’établissement de ce bilan.
Selon Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, la majorité des victimes sont des civils, notamment des patients du centre. Ce bilan n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Le Conseil norvégien pour les réfugiés a indiqué que ses équipes avaient constaté un grand nombre de victimes sur les lieux. « Nous avons découvert des centaines de civils tués ou blessés », a déclaré l’organisation dans un communiqué.
Des témoins rapportent avoir entendu trois explosions alors que les patients terminaient la prière du soir. Deux déflagrations auraient touché directement les zones d’hébergement.
« Tout a pris feu, on aurait dit l’apocalypse », témoigne Ahmad, un patient de 50 ans. « Mes amis brûlaient dans les flammes et nous n’avons pas pu tous les sauver. »
Versions contradictoires
Le porte-parole du Premier ministre pakistanais a dénoncé des « mensonges constants » de la part des autorités afghanes, affirmant que les opérations de contre-terrorisme se poursuivront « aussi longtemps que nécessaire ».
Islamabad accuse les talibans de laisser le territoire afghan servir de base à des groupes armés, notamment le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et l’organisation État islamique, pour mener des attaques contre le Pakistan. Des accusations rejetées par Kaboul, qui estime qu’il s’agit d’un problème interne au Pakistan.
CTV Info avec Reuters





