Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a déclaré mardi qu’il était « incompréhensible » que le suspect du meurtre de Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, n’ait jamais été placé en garde à vue par le passé malgré les plaintes et signalements formés à son encontre.
Auditionné par la commission des Lois du Sénat au côté du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, au sujet de cette affaire désormais politique qui a révélé selon l’exécutif un « dysfonctionnement » de la justice, le garde des Sceaux, qui exclut de démissionner, a de nouveau déploré une « défaillance » des services de justice.
Le suspect interpellé, Jérôme Barella, était déjà visé par trois procédures judiciaires avant la disparition de Lyhanna, notamment pour viol sur mineur.
« On aurait dû appliquer le principe de précaution pour mettre de côté M. Barella et regarder s’il était ou non l’auteur de ces viols », a déclaré Gérald Darmanin.
« C’est exactement ce qui nous a manqué puisque nous avions tous les éléments, un rapport médical qui était extrêmement clair, un auteur identifié déjà connu dans les services du TAJ (Traitement d’Antécédents Judiciaires) et de CASSIOPEE (Chaîne Applicative Supportant le Système d’Information Orienté Procédure pénale Et Enfants) ».
Le corps de Lyhanna, disparue le 29 mai à Fleurance (Gers), a été retrouvé après plusieurs jours de recherches sans que les causes de la mort ne soient encore établies.
Jérôme Barella, 41 ans, dont Lyhanna connaissait la fille, a été mis en examen et placé en détention pour enlèvement et séquestration. Lyhanna avait été vue pour la dernière fois dans la voiture de ce dernier.
L’enquête a révélé que Jérôme Barella était déjà visé par une plainte datant de 2022 pour viol sur mineure de 15 ans – classée sans suite en 2024 – et une autre plainte pour viol déposée en août 2025 pour laquelle le suspect n’avait pas encore été entendu par la justice.
La mère qui a déposé plainte en août 2025 pour sa fille Rosa, née en 2014, pour des viols répétés entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile de Jérôme Barella, attestés par un rapport médical, a annoncé mardi sur RTL porter plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». Son avocat, Me Pierre Debuisson, a précisé qu’une plainte serait spécifiquement déposée contre Gérald Darmanin devant la Cour de justice de la République (CJR). « Aujourd’hui, il feint d’apprendre et d’être surpris de voir que le système judiciaire est en faillite totale », a-t-il dit sur RTL.
RÉUNION À MATIGNON
Au vu des antécédents du meurtrier présumé, Gérald Darmanin a reconnu lors de son audition un problème « d’interprétation » des éléments le concernant par les services de justice.
« Ce n’est pas qu’on n’a pas traité l’affaire, ce n’est pas qu’on a décidé de la classer par manque d’éléments, c’est qu’on a fait des actes d’enquête qui ne correspondent pas à un viol sur un enfant », a-t-il déclaré.
« Je crains que l’une des difficultés, c’est que nous ayons traité collectivement cette plainte comme on traite n’importe quelle autre plainte et qu’on n’a pas compris que la garde à vue, c’était au début et pas à la fin », a-t-il poursuivi, jugeant « incompréhensible » qu’une telle décision n’ait pas été prise à l’ouverture de la procédure.
Un rapport d’inspection sur les défaillances présumées dans ce dossier sera rendu public dans deux semaines, a confirmé Gérald Darmanin. Le ministre a par ailleurs demandé aux procureurs généraux de reprendre d’ici au 14 juillet l’intégralité des plaintes concernant des enfants – soit environ 70.000 plaintes.
A la suite de l’audition des deux ministres, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu à Matignon les membres de son gouvernement concernés par l’affaire : les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Santé, de l’Education nationale et de l’Egalité.
Dans une lettre à ses ministres rendue publique lundi soir, Sébastien Lecornu propose d’étudier de nouvelles mesures en matière de protection des enfants et de violences sexuelles qui seraient intégrées à un projet de loi existant sur la protection de l’enfance.
Il suggère notamment « l’aggravation des peines en cas de viols sériels, la modification des règles de prescription, l’information des victimes tout au long de la procédure ou encore la nécessité de motiver les décisions de classement sans suite concernant les crimes et délits sexuels ».
Plusieurs manifestations se sont déroulées lundi en France pour dénoncer la « faillite » de la justice contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a regretté mardi dans un communiqué « l’instrumentalisation de cette affaire par ceux qui rendent d’avance les magistrats comptables de ce drame et dénoncent leur irresponsabilité ».
(Rédigé par Etienne Breban, édité par Sophie Louet)





