Sébastien Lecornu: « On ne peut dire que nous ayons peur du peuple »

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FILE PHOTO: NATO Defence Ministers’ meeting at the Alliance’s headquarters in Paris
Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu pose avant l’ouverture de la Conférence européenne sur la défense aérienne réunissant 18 ministres de la Défense, aux Invalides à Paris. /Photo prise le 19 juin 2023/REUTERS/GEOFFROY VAN DER HASSELT/Pool via Reuters

Le Premier ministre François Sébastien Lecornu a échappé aux motions de censure déposées par Mathilde Panot et quatre-vingt-six membres de l’Assemblée, d’une part, et par Marine Le Pen, Éric Ciotti et cinquante-six membres de l’Assemblée, d’autre part.

Mesdames les oratrices, je vous ai écoutées attentivement : ce qui me frappe le plus dans vos discours, c’est la convocation d’un peuple imaginaire, comme si le peuple ne s’était pas exprimé lors des dernières élections législatives. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.
On ne peut d’ailleurs dire, madame Le Pen, que ce gouvernement ait peur du peuple (Plusieurs députés RN désignent du geste les nombreux bancs vides au centre de l’hémicycle) puisque, dans quelques instants, l’Assemblée nationale l’aura soit censuré, soit confirmé. Madame la présidente Le Pen, on ne peut dire que nous ayons peur du peuple. Vous étiez candidate à l’élection présidentielle de 2017, à celle de 2022 ; à chaque fois, vous avez été battue. (Quelques députés RN montrent la gauche de l’hémicycle en s’exclamant : « Grâce à eux ! ») Il y a eu des législatives anticipées, qu’avait demandées votre famille politique en réclamant la dissolution ; vous n’avez pas obtenu la majorité absolue. (Exclamations sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.) Ce que je dis avec respect, c’est que personne, précisément, ne l’a obtenue. Aujourd’hui se présente devant vous un gouvernement soutenu –⁠ ou non : nous le verrons, je le répète, dans quelques instants – par un socle de députés suffisant pour qu’il puisse se maintenir. (Mêmes mouvements.)
Vous savez qu’aux termes de la Constitution du général de Gaulle –⁠ que vous défendez –, les membres du gouvernement tiennent aussi leur légitimité du président de la République, qui les nomme.
Je ne ferai pas un long discours, car tout a été dit lors de ma déclaration de politique générale, mais je retiens également que notre esprit de compromis, la volonté de faire en sorte que les débats aient lieu, sont au fond la meilleure pierre de touche de la bonne foi ou de la mauvaise foi. Compte tenu de l’abandon du 49.3, du fait que l’ensemble des débats bénéficieront du temps nécessaire (Exclamations sur divers bancs), s’exprimer à cette tribune en laissant croire à celles et ceux qui nous écoutent que la copie budgétaire remise est définitive –⁠ comme si les parlementaires n’avaient pas le loisir, le droit, la capacité de la modifier, l’amender, la transformer… (Les exclamations se poursuivent, de plus en plus vives.)
On ne peut pas ignorer la procédure budgétaire, faire comme si le texte qui est sur la table ne devait pas être discuté. Vous ne pouvez donc pas mentir aux Françaises et aux Français en soutenant que vous voulez censurer le gouvernement sur la base d’un texte que vous ne pourriez pas retravailler.
La réalité est simple : soit nous entamons les débats, soit nous entrons une fois pour toutes dans la crise politique. Cela, les députés des groupes La France insoumise et Rassemblement national doivent l’assumer. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous sommes en effet à un moment de vérité. Souhaitons-nous l’ordre républicain (Protestations sur les bancs du groupe RN) et que les débats se déroulent à l’Assemblée nationale (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP), ou le désordre et le ralentissement du pays ? Censurer le gouvernement sur un texte avec lequel on n’est pas d’accord peut s’entendre ; le censurer avant tout examen d’un texte revient tout simplement à manquer de bon sens.
Les motions de censure examinées ce matin sont quelque peu inédites dans l’histoire de la Ve République : pour la première fois, l’Assemblée nationale pourrait décider de se censurer elle-même en refusant d’entamer tout débat. (Exclamations continues sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.) L’histoire jugera très durement ces manœuvres politiciennes (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, Dem et HOR) par lesquelles on aura confondu la tribune de l’Assemblée nationale et une tribune publicitaire.
L’élection présidentielle viendra. Vous aurez l’occasion de faire campagne. Pour le moment, ne prenez pas en otage le budget de la nation et celui de la sécurité sociale ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR. –⁠ Protestations sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.)

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