Marine Le Pen dénonce un « régime de malheur »

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La cheffe de l’extrême droite française et députée Marine Le Pen
La cheffe de l’extrême droite française et députée Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), est vue dans l’hémicycle avant le premier discours de politique générale du Premier ministre français devant le parlement et le nouveau gouvernement, suivi d’un débat à l’Assemblée nationale à Paris, France. /Photo prise le 14 octobre 2025/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le général de Gaulle, pour désigner le règne des partis, avait une formule : « Le régime de malheur. » En disant cela, le Général croyait décrire le passé, celui de la IVe République. Il se voulait historien ; pour le plus grand malheur de la France et des Français, vous en avez fait un prophète !

Ce régime de malheur, c’est précisément la situation politique à laquelle nous faisons face, du fait de la piteuse coalition des partis du système qui se relaient à la tête de l’État depuis cinquante ans et n’ont aujourd’hui qu’un seul but : durer, se maintenir quelques semaines de plus, au détriment du peuple et de la nation.
Ce régime de malheur, toutes les institutions de la Ve République avaient été conçues pour le rendre impossible, mais, à force d’ententes électorales et d’accords de couloir, vous avez réussi à transformer notre loi fondamentale en étouffoir de la démocratie.
Ce dévoiement de nos institutions a atteint aujourd’hui un paroxysme. Les Français ne comptent même plus les motions de censure déposées, débattues et votées depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. Ils ne savent même plus qui siège au gouvernement. Qui leur en voudrait ? La durée des ministres se compte, parfois, non plus en années ou en mois, mais en heures.
Ce spectacle pathétique est un poison pour notre démocratie car il exaspère nos compatriotes et les détourne du goût de l’action publique. Or une démocratie ne vit que par l’énergie et par l’engagement des citoyens. J’espère donc que le théâtre des manœuvres auxquelles se sont livrés tous les partis du système depuis plus d’un an n’aura pas gravé dans le marbre, pour des millions de Français, un profond dégoût pour l’action politique.
Venons-en au fait : la représentation nationale est aujourd’hui réunie pour décider si votre gouvernement, monsieur le premier ministre, doit être censuré au vu de votre projet de budget. Je dis « votre », pardon ; peut-être aurais-je dû dire « le budget de M. Bayrou », « le budget de Bercy » ? Ce n’est tellement pas le vôtre qu’il n’intègre même pas votre promesse au Parti socialiste de suspendre la réforme des retraites imposée, par un 49.3, par Élisabeth Borne. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Pire, la trajectoire de la réforme Borne est incluse dans votre texte –⁠ j’y reviendrai.
Ce budget, donc, est un véritable musée de toutes les horreurs coincées depuis des années dans les tiroirs de Bercy ; non une année blanche, mais une année noire pour les Français, en particulier ceux qui travaillent et paient des impôts. Il y a d’abord la poursuite du matraquage fiscal : 19 milliards d’euros d’impôts supplémentaires, dont 10 milliards pour le seul impôt sur le revenu.
Sans parler du gel du barème, qui vous faisait d’ailleurs, il y a moins d’un an, pousser des cris d’orfraie, vous allez faire entrer 200 000 foyers de la classe moyenne dans le champ de l’imposition sur le revenu : sans doute une récompense pour la France qui bosse, alors que notre taux d’activité est déjà l’un des plus bas d’Europe. Il y a ensuite la poursuite de la gabegie : 28 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires au-delà de l’inflation ! Aucun effort portant sur le train de vie des administrations, aucun effort de rationalisation du maquis des agences et organismes divers qui coûtent des dizaines de milliards par an. Il y a l’absence totale d’effort touchant l’immigration, l’absence totale d’action visant à réduire, ne serait-ce que d’un euro, le chiffre des milliards que nous coûtent chaque année l’aide médicale de l’État et le dispositif fou des visas pour soins, qui chaque année bat tous les records.
Enfin, et c’est sans doute le pire, il y a les mesures d’indécence sociale ; je pense à la fiscalisation des emplois étudiants, mais aussi et surtout à celle des indemnités versées par la sécurité sociale en cas de maladie de longue durée. Nous avons eu la hausse des franchises médicales, le déremboursement de médicaments, de pansements ; aujourd’hui, c’est aux plus vulnérables, à ceux qui sont éloignés de l’emploi et parfois réduits à la solitude, que vous entendez faire payer la note de vos lâchetés, de vos renoncements.
Monsieur le premier ministre, je ne veux pas ajouter au débat politique, déjà marqué par le règne de la médiocrité et des effets de manche inutiles, la moindre pierre ; mais quand même, sérieusement, comment voulez-vous –⁠ après des décennies de course à l’abîme – faire accepter une année de plus aux Français qu’on les spolie de leurs droits sociaux par incapacité à toucher à ceux que nous avons octroyés, de manière totalement irrationnelle, à la terre entière ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Comment pouvez-vous imaginer que le pays le plus fiscalisé, le plus socialisé au monde ne vous sanctionne pas, ne vous rejette pas, en voyant chaque année s’allonger la liste des injustices et des spoliations –⁠ toujours au détriment des Français les plus faibles, jamais au détriment de l’immigration massive, incontrôlée, qui mine nos comptes sociaux et rend nos rues de plus en plus violentes ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. –⁠ Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Tout cela alimente un climat de division et de ressentiment, aggrave la situation déjà gravissime de nos finances publiques après huit ans de « quoi qu’il en coûte » macroniste, sous l’œil effaré des marchés financiers qui nous prêtent des fonds, mais aussi des contribuables –⁠ ménages et entreprises – qui devront payer la note fiscale de ce champ de ruines budgétaire.
Voilà pourquoi, monsieur le premier ministre, nous voterons sans hésiter la censure de votre gouvernement : tout simplement parce que ce budget n’est pas un budget, c’est-à-dire la somme de choix politiques, mais c’est l’acte ultime –⁠ nous l’espérons – d’un système politique à bout de souffle, à bout d’idées, et qui, par accumulation de saignées fiscales, de brutalisations sociales, n’aura rien produit d’autre qu’un pays à bout de forces. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Pour s’en convaincre, il suffit des statistiques publiques : les faillites d’entreprises, en particulier de TPE-PME, battent tous les records établis depuis des décennies ; le taux de pauvreté, les difficultés d’accès aux soins médicaux, au logement, explosent ; l’immigration, je le répète, est, comme notre dette publique, hors de contrôle. Tel est l’état de la France que nous laisse Emmanuel Macron. Tel est le pays que nous devrons redresser –⁠ car tôt ou tard, c’est au Rassemblement national que reviendra cette mission, et nous la mènerons à bien ! (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.
Ce que je viens de rappeler, monsieur le premier ministre, ce sont des évidences ; en disant tout cela, je crois et même j’espère ne rien vous avoir appris.
Sans doute est-ce ce qu’il y a de plus lamentable dans la situation politique que nous traversons : sauf peut-être d’un quarteron de gauchistes enfermés dans le déni du réel (Mêmes mouvements), les maux de la France sont parfaitement connus, les remèdes aussi. Il ne manque qu’une chose : le courage de les appliquer. Mais quand la classe politique, pour préserver ses petits intérêts, fait le choix collectif du déni du réel, rien n’est possible.
C’est précisément cela que nous vivons. Tout a révélé, au cours des derniers jours, que votre seul objectif était d’éviter de nouvelles élections, de contourner le peuple, de le réduire au silence, de l’invisibiliser. Déposant ce projet de budget, vous assumez de vous couper un membre en renonçant à la seule véritable réforme qu’Emmanuel Macron ait conduite, celle des retraites ; réforme pour laquelle, soit dit en passant, vous avez mis le pays à feu et à sang –⁠ avant d’y renoncer dix-huit mois plus tard pour un fauteuil passablement élimé. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Dans quelques instants, l’Assemblée nationale va voter deux motions de censure : si une majorité de députés veulent votre départ, l’insondable sottise des postures des uns et des autres pourrait vous sauver. Si LFI refusait de voter en faveur de notre motion,si les quelques LR convaincus par l’idée de la censure refusaient de voter en faveur de la motion déposée par LFI, leur sectarisme et leur égoïsme –⁠ le plus stupide et le plus obtus – condamneraient les Français à subir votre budget de malheur. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Après votre accord avec Jean-Luc Mélenchon en vue du second tour des législatives,c’est donc à Olivier Faure que vous devrez peut-être votre maintien temporaire aux affaires : un dirigeant visionnaire qui, jusqu’à hier, ne savait même pas par quel véhicule juridique serait suspendue –⁠ puisque c’est là l’objet de l’accord de la honte conclu par les socialistes – la réforme des retraites d’Élisabeth Borne.
Issu de multiples rencontres entre vous –⁠ les alliés de M. Faure apprécieront –, cet accord n’est pas seulement honteux : il est placé sous le signe de la tromperie et de la malhonnêteté, car rien ne nous dit qu’une fois intégré au texte, l’amendement visant à suspendre la réforme Borne survivrait à un rejet du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), à une réécriture par le Sénat, au passage en commission mixte paritaire (CMP), à une censure –⁠ en tant que cavalier budgétaire – par le Conseil constitutionnel, voire à un budget par ordonnances. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Vous auriez notamment beau jeu –⁠ il s’agit en Macronie d’un sport national – de vous cacher derrière la censure du Conseil : c’est ainsi que l’an dernier, vous avez laissé vider de sa substance votre loi sur l’immigration –⁠ ce qui avait comblé d’aise, paraît-il, Emmanuel Macron lui-même. Mais il y a encore mieux que les mesquines trahisons –⁠ habituelles, il faut bien l’avouer – des socialistes, qui se retrouvent à cautionner la brutalisation sociale des plus faibles et le gel, une année de plus, du point d’indice de la fonction publique. Il y a mieux : il y a M. Wauquiez, il y a LR. Après avoir fait campagne pendant des mois sur son refus de se dissoudre dans le macronisme, M. Wauquiez, donc, a enfin clarifié sa position : il préférait en réalité se dissoudre dans le socialisme (Mêmes mouvements), soutenir d’un même geste la suspension de la réforme Borne et la désindexation des retraites. Merci, monsieur Wauquiez, pour cette clarification bienvenue. Vos électeurs apprécieront. (Mêmes mouvements.)
Voilà, monsieur le premier ministre, le visage de ceux qui vous permettront aujourd’hui, peut-être, de durer quelques semaines de plus –⁠ tous ces partis unis par la terreur de l’élection au point d’en oublier que, selon la Constitution, ils « concourent à l’expression du suffrage ». Désormais, ils sont tous d’accord pour concourir à éviter la tenue d’élections.
Par pudeur, je n’évoquerai pas les déclarations de vos propres alliés : entre Édouard Philippe, qui appelle à la démission du président de la République mais refuse la dissolution, et Gabriel Attal, qui dit ne plus rien comprendre à Emmanuel Macron mais continue d’afficher son soutien au gouvernement, on s’y perd. Tout cela est pathétique.
Tout cela sera bien vite, je l’espère, ravalé au rang de mauvais souvenir.
La vérité, chers collègues –⁠ je conclurai par là –, c’est que vous n’échapperez pas au vote des Français. Vous aurez tout fait, tout entrepris, tout sacrifié pour éviter de retourner aux urnes, mais vous y retournerez et vous devrez, la tête basse, la mine déconfite, reparaître devant vos électeurs avec le déshonneur de ceux qui, pendant des mois, auront joué la montre. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. –⁠ Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Le Rassemblement national, lui, attend le jour de la dissolution avec une impatience croissante. Les 140 députés du RN et de l’UDR ont hâte de retourner devant les Français, car ils pourront, eux, regarder leurs électeurs droit dans les yeux ; ils pourront, eux, rendre compte avec fierté de leur action à l’Assemblée nationale ; ils pourront, eux, dire qu’ils ont fait honneur au contrat moral qui les lie à leurs compatriotes. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.
Ils seront, eux, les artisans du grand redressement national, au sein d’une majorité claire qui sera rendue à notre pays par son seul souverain : le peuple.
Ce n’est plus à vous que je m’adresse maintenant, mais à nos concitoyens : mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise politique. Ce n’est pas une crise politique, c’est une crise politicienne ; une crise de vieux partis fatigués qui n’ont pour projet que d’empêcher le Rassemblement national d’arriver au pouvoir. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise de régime. Ce n’est pas une crise de régime, c’est la crise d’un régime, celui des partis –⁠ et il est en train de prendre fin. Mes chers compatriotes, vous allez, demain, retourner aux urnes. La nouvelle assemblée que vous aurez élue pourra alors adopter dès son installation un projet de loi spéciale ; e nouveau gouvernement présentera ensuite son budget, un budget reflétant les choix politiques exprimés par le vote du peuple français. (Mme Mathilde Panot s’exclame. –⁠ Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Ce sera enfin le retour de la vraie stabilité : pas celle des postes de vieux notables fatigués, mais celle d’un pays, d’un peuple à qui nous aurons enfin redonné confiance et espérance. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Dans tous les cas, car il s’agit en démocratie d’une loi incontournable, c’est à vous, peuple souverain, que reviendra le dernier mot. Avec toute notre force et notre détermination, nous vous rendrons le pouvoir. Voilà aujourd’hui le seul chemin à prendre : celui de la démocratie ! (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent longuement.)

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