Israël a annoncé son intention d’établir une « zone de sécurité » dans le sud du Liban, s’étendant jusqu’au fleuve Litani, situé à environ 30 kilomètres au nord de sa frontière. L’information a été rendue publique mardi par le ministre israélien de la Défense, Israël Katz.
Il s’agit de la première déclaration aussi explicite depuis la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars dernier. Le territoire visé représente près de 10 % de la superficie libanaise.
Israël Katz avait auparavant averti Beyrouth du risque de pertes territoriales en cas d’incapacité à désarmer le Hezbollah. Le mouvement chiite a immédiatement réagi, affirmant qu’il s’opposerait à toute tentative d’occupation du sud du Liban, qu’il qualifie de « menace existentielle » pour l’État.
Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a prévenu qu’une telle initiative se heurterait à une résistance ferme : « Nous n’avons d’autre choix que de faire face à cette agression et de défendre notre terre », a-t-il déclaré.
Sur le terrain, l’armée israélienne intensifie ses opérations. Depuis le 13 mars, cinq ponts enjambant le Litani ont été détruits, tandis que des démolitions de maisons se multiplient dans les localités proches de la frontière.
Lors d’une réunion avec le chef d’état-major, le ministre israélien de la Défense a indiqué que l’armée entendait « contrôler les autres ponts et la zone de sécurité jusqu’au Litani » afin de mettre en place un « tampon défensif ».
L’armée israélienne n’a pas commenté ces propos, se limitant jusqu’ici à évoquer des opérations terrestres ciblées.
Une stratégie de « zone tampon »
Selon Israël Katz, les forces israéliennes sont engagées dans des manœuvres visant à établir une « ligne de défense avancée », en ciblant les infrastructures du Hezbollah, notamment des habitations utilisées comme positions avancées.
Le ministre a comparé cette stratégie à celle mise en œuvre dans la bande de Gaza, consistant à raser des constructions proches de la frontière afin de créer une zone tampon et d’éloigner les menaces pesant sur les localités israéliennes.
Dans ce contexte, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé lundi à l’annexion du sud du Liban jusqu’au Litani. Israël avait déjà occupé cette région entre 1982 et 2000.
Sur place, des habitants déplacés dénoncent l’absence de réaction des autorités libanaises. « Si notre gouvernement ne nous soutient pas, que pouvons-nous faire ? », s’interroge Najib Hussein Halawi, originaire de Kfar Kila, village frontalier aujourd’hui en grande partie détruit.
Depuis le début des frappes israéliennes le 2 mars, le bilan humain s’alourdit : environ un millier de morts, près d’un million de déplacés et d’importants dégâts matériels dans le sud du Liban et à Beyrouth, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figurent des enfants, des femmes et du personnel médical. Deux soldats israéliens ont également été tués.
Frappes et tensions diplomatiques
Dans la nuit de lundi à mardi, une frappe israélienne a visé un appartement à Bechamoun, au sud-est de Beyrouth, tuant trois personnes, dont une fillette de trois ans, selon les autorités sanitaires libanaises.
Des témoins dénoncent l’utilisation de zones résidentielles par des combattants. « Pourquoi se cacher parmi les civils alors qu’ils sont visés ? », a déclaré, en pleurs, Rawaa Eido, dont l’appartement a été endommagé par l’explosion. L’armée israélienne n’a pas réagi à ces accusations.
Sur le plan diplomatique, le Liban a déclaré mardi l’ambassadeur iranien persona non grata, lui donnant jusqu’à dimanche pour quitter le territoire. Cette décision intervient après l’expulsion de dizaines de ressortissants iraniens, dont des diplomates, plus tôt ce mois-ci. Beyrouth précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’une rupture des relations avec Téhéran.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a salué cette mesure. De son côté, le président américain Donald Trump a évoqué de possibles avancées diplomatiques entre Washington et l’Iran en vue d’un accord visant à mettre fin au conflit.
Téhéran a néanmoins démenti toute négociation en cours avec les États-Unis, laissant planer l’incertitude sur une éventuelle désescalade, notamment au Liban.
CTV Info avec Reuters





