Le conflit opposant l’Iran à une coalition menée par les États-Unis et Israël commence à affecter sensiblement le secteur touristique en Méditerranée orientale. À Chypre, en Grèce et, dans une moindre mesure, en Turquie, les professionnels du secteur font état d’une hausse des annulations et d’un net ralentissement des nouvelles réservations, dans des économies largement dépendantes de la saison estivale.
Les frappes lancées le 28 février par Washington et Tel-Aviv contre des cibles iraniennes sont intervenues alors que l’activité touristique reprenait progressivement à Chypre après la trêve hivernale.
Quelques jours plus tard, le 2 mars, une série de représailles iraniennes, marquée notamment par l’attaque d’un drone contre une base militaire britannique sur l’île, a accentué les inquiétudes et déclenché une vague d’annulations.
Selon les données de la société américaine AirDNA, spécialisée dans l’analyse des locations de courte durée, les taux d’annulation à Chypre ont bondi, passant d’environ 15 % avant le conflit à près de 100 % dans les jours qui ont suivi.
Bien que la situation se soit depuis partiellement stabilisée, le taux demeurait élevé, autour de 45 % au 21 mars. La Grèce et la Turquie enregistrent également une hausse, plus modérée, des annulations.
À Chypre, l’Association des hôteliers fait état d’un recul d’environ 40 % des réservations en mars, une tendance similaire étant observée pour avril. « Depuis le 1er mars, nous avons enregistré de nombreuses annulations », confirme Nicholas Aristou, directeur commercial du groupe Muskita Hotels, basé à Limassol.
Les acteurs du secteur redoutent désormais un impact durable sur la haute saison. « Il est crucial de préserver les mois d’été afin de pouvoir redresser la situation d’ici mai, faute de quoi la destination pourrait être sérieusement fragilisée », avertit Nicholas Aristou.
Au-delà du tourisme, le conflit commence également à peser sur les perspectives macroéconomiques. La Banque centrale de Chypre a ainsi revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, désormais estimée à 2,7 % contre 3,0 % auparavant, en tablant sur un conflit d’une durée d’environ deux mois.
Parallèlement, plusieurs compagnies aériennes à bas coût, dont EasyJet et Jet2, signalent un déplacement de la demande vers des destinations jugées plus sûres en Méditerranée occidentale, notamment l’Espagne.
La Grèce également sous pression
En Grèce, où le tourisme constitue un pilier économique majeur, les effets du conflit se font également sentir. La compagnie Aegean Airlines indique avoir enregistré une baisse à deux chiffres des réservations estivales en provenance d’Israël et des pays du Golfe depuis le début des hostilités.
Le secrétaire général de la Confédération grecque du tourisme (SETE), George Vernicos, évoque un ralentissement des pré-réservations, partiellement compensé par une hausse ponctuelle des achats anticipés de billets, dans un contexte de crainte d’augmentation des prix liée au pétrole.
Selon lui, la demande en provenance des principaux marchés émetteurs, notamment l’Europe du Nord et les États-Unis, est également en repli. « Nous traversons une phase d’attentisme. Une certaine prudence s’est installée, même si les perspectives restent globalement positives, portées par une dynamique solide avant le déclenchement du conflit », souligne-t-il.
CTV Info avec Reuters





