Le Parti travailliste du Premier ministre britannique Keir Starmer a subi un revers électoral cinglant face aux écologistes du Green Party lors d’un scrutin législatif partiel dans une circonscription du Grand Manchester qu’il dominait depuis près d’un siècle, un résultat qui met en exergue le début d’un effondrement du système politique bipartite du pays.
Cette élection constituait le premier grand test électoral depuis près d’un an pour le Labour alors que la pression s’accentue autour de Keir Starmer avec notamment des appels à sa démission.
Le Parti travailliste n’est arrivé qu’en troisième position dans la circonscription de Gorton and Denton traditionnellement acquise au Labour. Il a été devancé par le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, arrivé deuxième, et le Green Party, dont la candidate locale est Hannah Spencer.
Le résultat est « clairement décevant », a reconnu la présidente du Parti travailliste, Anna Turley, tandis que Keir Starmer a repris pratiquement les mêmes éléments de langage.
« C’est un résultat très décevant », a-t-il déclaré à la presse. « Les gouvernements sortants obtiennent souvent ce genre de résultats en milieu de mandat, mais je comprends la frustration des électeurs. Ils aspirent au changement », a ajouté le Premier ministre.
« Je lutterai contre les extrêmes politiques de droite comme de gauche, contre les partis qui veulent déchirer notre pays », a-t-il poursuivi, promettant de travailler « tant qu’il respirera » pour mettre en œuvre le changement qu’il avait promis lors de sa victoire écrasante aux élections législatives de 2024.
John Curtice, un sondeur de référence en Grande-Bretagne, a vu dans ce résultat un « moment sismique », ajoutant que « l’avenir de la politique britannique semble plus incertain que jamais », depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pour ce scrutin, Keir Starmer avait misé sur son autorité personnelle en empêchant l’un de ses rivaux, le maire de Manchester Andy Burnham, de se présenter, et en se rendant dans la circonscription cette semaine, alors que les dirigeants britanniques évitent généralement de faire campagne dans les scrutins locaux s’ils risquent de les perdre.
D’AUTRES TESTS À VENIR EN MAI
La défaite du Labour intervient dans un contexte tendu pour Keir Starmer, certains députés du Parti ayant estimé ce mois-ci qu’il devrait démissionner en raison de sa décision de nommer Peter Mandelson, du Parti travailliste, ambassadeur à Washington, malgré ses liens avec Jeffrey Epstein, un prédateur sexuel retrouvé pendu en prison en 2019.
Le Parti travailliste avait remporté un peu plus de la moitié des voix à Gorton and Denton lors des dernières élections législatives de 2024. Mais l’impopularité croissante de Keir Starmer, la faiblesse de la croissance économique et une série de scandales et de revirements politiques ont contribué à une forte baisse du Labour.
Pour le scrutin de ce vendredi, décidé à la suite de la démission d’un député pour raisons de santé, le Green Party a obtenu 40,7% des voix, le Reform UK 28,7% et le Labour 25,4%.
Même si les élections partielles sont généralement perdues par la formation au pouvoir, l’ampleur de la défaite du Labour face au Green Party, également un parti de gauche, intensifie la pression sur Keir Starmer, qui a jusqu’ici rejeté les appels à sa démission et promis de se battre.
Son poste pourrait être de nouveau contesté à l’issue des élections locales et régionales de mai, notamment pour les Parlements du Pays de Galles et d’Ecosse, selon les députés travaillistes, qui avaient décidé avant l’élection partielle de vendredi de lui accorder un sursis.
(Reportage Elizabeth Piper, Clarence Fernandez, William James, Alistair Smout, Sam Tabahriti, Sarah Young et Michael Perry; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer)





