Israël : Netanyahu s’emploie à éviter des élections anticipées, faute de regain de popularité

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Service commémoratif pour Ran Gvili à Meitar
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assiste à une cérémonie à la mémoire de Ran Gvili, un policier qui n’était pas en service et qui a été tué en combattant des militants qui s’étaient infiltrés en Israël lors de l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, et le dernier otage récupéré à Gaza, à Meitar, Israël. /Photo prise le 28 janvier 2026/REUTERS/Amir Cohen

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu accélère l’adoption du budget de l’État afin d’écarter le risque d’élections anticipées qu’il pourrait perdre. En cause : l’absence, à ce stade, d’un effet positif de la guerre contre l’Iran sur sa popularité dans l’opinion.

 Au début du conflit, le camp du chef du gouvernement voyait pourtant dans les premières frappes, marquées notamment par la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, une opportunité politique.

Selon une source proche de sa stratégie, l’exécutif envisageait alors de capitaliser sur cet élan pour convoquer des élections avant l’échéance prévue en octobre.

Un tel scénario peut être déclenché en laissant le Parlement échouer à adopter le budget avant le 31 mars. Ce qui, conformément à la loi israélienne, va entraîner la tenue d’un scrutin dans un délai de 90 jours. Dans cette optique, des proches de Benjamin Netanyahu avaient publiquement évoqué la perspective d’élections dès le mois de juin.

Mais, près de quatre semaines après le début d’un conflit qui n’a pas atteint son objectif affiché de renverser les dirigeants religieux iraniens, le Premier ministre privilégie désormais une stratégie inverse. Selon trois membres de son gouvernement, interrogés par Reuters, il cherche à éviter toute dissolution anticipée de la Knesset.

Pour y parvenir, l’exécutif mise sur une adoption rapide du budget, notamment via une procédure accélérée en commission des Finances, tout en consolidant sa majorité grâce à des concessions budgétaires à ses alliés politiques. Le porte-parole de Benjamin Netanyahu n’a pas répondu aux sollicitations.

Un rapport de forces politique inchangé

Depuis 2023, le chef du gouvernement rejette publiquement toute idée d’élections en période de guerre. « J’espère que le gouvernement ira au terme de son mandat », déclarait-il le 12 mars, en évoquant un scrutin à l’échéance normale, en septembre ou octobre, et en appelant ses partenaires à approuver un budget de 699 milliards de shekels, largement orienté vers la défense.

Si la guerre contre l’Iran a permis de déplacer l’attention de Gaza vers une campagne conjointe avec les États-Unis, les enquêtes d’opinion montrent une stabilité du paysage politique.

Environ 40 % des électeurs continuent de soutenir la coalition de droite et religieuse, contre une proportion équivalente pour l’opposition, tandis que les indécis ne basculent pas en faveur du Premier ministre, selon le politologue Gideon Rahat, de l’Université hébraïque de Jérusalem.

Malgré un soutien global aux objectifs militaires, une lassitude commence à émerger au sein de la population face à un conflit qui s’enlise, sans issue claire ni perspective diplomatique.

Un Likoud fragilisé dans les sondages

 Les projections électorales confirment cette stagnation. Un sondage publié le 19 mars par le Times of Israel crédite le Likoud de 28 sièges sur les 120 que compte la Knesset, contre 34 actuellement. S’il resterait le premier parti, le bloc gouvernemental ne disposerait que de 51 sièges, insuffisant pour gouverner.

Début mars, la ministre de la Science Gila Gamliel évoquait encore la possibilité d’élections à l’été. Plusieurs responsables du Likoud et proches du Premier ministre avaient tenu des propos similaires. Mais, l’hypothèse semble désormais s’éloigner, alors que Benjamin Netanyahu reconnaît lui-même l’incertitude quant à un changement de régime en Iran. « Sa stratégie consiste désormais à gagner du temps », résume Gideon Rahat.

Pressions budgétaires et équilibres politiques fragiles

 La guerre pèse lourdement sur l’économie israélienne. Selon le ministère des Finances, son coût est estimé à près de cinq milliards de shekels (1,4 milliard d’euros) par semaine. À cela s’ajoutent 32 milliards de shekels supplémentaires alloués à la défense depuis le début du conflit.

Dans ce contexte contraint, le gouvernement dispose de marges de manœuvre limitées pour satisfaire ses partenaires. Les partis ultra-orthodoxes, qui avaient quitté la coalition en 2025, menaçaient de s’opposer au budget en l’absence d’une loi les exemptant du service militaire obligatoire.

Ils semblent toutefois avoir infléchi leur position après l’octroi d’environ cinq milliards de shekels à leurs réseaux scolaires. Une décision critiquée par l’opposition. « Le gouvernement privilégie la survie de la coalition au détriment d’une répartition équitable des ressources », a dénoncé Vladimir Beliak, membre de la commission des Finances.

Par ailleurs, Benjamin Netanyahu reste sous la pression d’un procès pour fraude, corruption et abus de confiance, des accusations qu’il conteste. Avec le soutien de Donald Trump, il a sollicité une grâce auprès du président Isaac Herzog. Une démarche inédite en cours de procès, à laquelle le système judiciaire israélien s’oppose.

CTV Info avec Reuters

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