Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a pris l’avantage face aux islamistes du Jamaat-e-Islami selon les premiers résultats des élections législatives qui se sont déroulées jeudi au Bangladesh, marquées par un fort taux de participation dix-huit mois après le renversement de Sheikh Hasina.
La Ligue Awami de Sheikh Hasina ayant été déclarée hors-la-loi après quinze ans au pouvoir, Tarique Rahman espère ramener aux affaires son rival historique, le BNP, et réussir un come-back spectaculaire, 17 ans après son départ en exil volontaire à Londres pour échapper à des accusations de corruption qu’il a toujours démenties. Le fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia a regagné le Bangladesh en fin d’année dernière.
Au fil de la campagne, le BNP, qui a reçu le soutien du Parti national des citoyens de la génération Z, issu du mouvement étudiant contestataire de 2024, et le Jamaat-e-Islami, sévèrement réprimé à l’époque où Sheikh Hasina était au pouvoir, se sont imposés comme les grands favoris du scrutin.
Selon les chaînes de télévision locales, le BNP était en tête dans 50 circonscriptions tandis que la coalition menée par le Jamaat-e-Islami pouvait viser 18 sièges. Le Parlement monocaméral du Bangladesh, le Jatiya Sangsad, ou Chambre de la nation, compte 300 élus.
Le BNP a annoncé sur les réseaux sociaux la victoire de Tarique Rahman dans l’une des deux circonscriptions où il se présentait, un résultat non confirmé officiellement.
Le dépouillement a commencé à 16h30 (10h30 GMT) dans la plupart des bureaux de vote, immédiatement après la fermeture des urnes. Les résultats définitifs devraient être annoncés vendredi matin, a déclaré la Commission électorale.
Selon plusieurs médias locaux, le taux de participation pourrait dépasser les 60% d’inscrits, bien plus que les 42% enregistrés lors des élections de 2024, boycottées par l’opposition et marquées par de nombreuses irrégularités.
De son exil en Inde, Sheikh Hasina a dénoncé une « mascarade minutieusement planifiée » et déclaré que ses partisans rejetaient le processus électoral.
LONGUES FILES D’ATTENTE
Plus de 2.000 candidats dont de nombreux indépendants se sont présentés devant les électeurs. Une cinquantaine de formations politiques étaient représentées, un record national.
Près de 128 millions de personnes, dont 49% de femmes, sont inscrites sur les listes électorales du Bangladesh, pays de 175 millions d’habitants à 91% musulman. Près de la moitié de l’électorat total est âgé de 18 à 35 ans, et beaucoup d’entre eux votaient pour la première fois.
Les chaînes de télévision ont diffusé les images de longues files d’attente dans les bureaux de vote à travers le pays.
« Je suis enthousiaste car nous votons librement pour la première fois depuis 17 ans », témoigne Mohammed Jobair Hossain, 39 ans, devant un bureau de vote de Dacca, la capitale. « Nos votes auront de l’importance et du sens. »
Aucun incident violent majeur n’a été signalé.
Environ 958.000 membres des forces de police, de l’armée et des forces paramilitaires avaient été déployés dans tout le pays pour cette journée d’élections. Des membres de la police et de l’armée étaient postés à l’extérieur de la plupart des bureaux de vote.
Parallèlement aux élections législatives, un référendum a été organisé sur une série de réformes constitutionnelles.
Les électeurs étaient appelés à se prononcer, entre autres, sur la mise en place d’un gouvernement intérimaire neutre pendant les périodes électorales, la restructuration du Parlement en institution bicamérale, l’augmentation de la représentation des femmes, le renforcement de l’indépendance judiciaire et l’imposition d’une limite de deux mandats pour le Premier ministre.
(Reportage de Krishna N. Das, Tora Agarwala et Ruma Paul ; avec la contribution de Zia Chowdhury, rédigé par Shilpa Jamkhandikar ; version française Blandine Hénault, Etienne Breban et Jean-Stéphane Brosse, édité par Zhifan Liu et Augustin Turpin)





