Scandalisé par le meurtre de la jeune Lyhanna RAMEAU BERNARD, le président Emmanuel Macron dénonce un « dysfonctionnement » et des « failles » de la justice.

Le président Emmanuel Macron a dénoncé vendredi un « dysfonctionnement » et des « failles » de la justice dans l’affaire de la disparition d’une collégienne de 11 ans, Lyhanna, pour laquelle l’enquête a révélé que le principal suspect était déjà visé par plusieurs plaintes et signalements, notamment pour viols.
La jeune fille a disparu il y a une semaine, le 29 mai, à Fleurance, dans le Gers. Un corps a été retrouvé jeudi, « porteur de vêtements similaires » à ceux de Lyhanna lors de sa disparition, a indiqué le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet.
Ce dernier a confirmé vendredi dans un communiqué que le corps retrouvé était celui de Lyhanna.
« A cette heure, l’identification de la victime est confirmée, au moyen d’une comparaison d’ADN : le corps découvert est bien celui de Lyhanna. »
Le communiqué indique par ailleurs que les causes de la mort ne sont pas encore établies, des examens et expertises complémentaires « ont été ordonnés et vont être diligentés ».
Un homme âgé de 41 ans, dont Lyhanna connaissait la fille, a été mis en examen et placé en détention pour enlèvement et séquestration. Lyhanna avait été vue pour la dernière fois dans la voiture de ce dernier.
L’enquête a révélé que le principal suspect était déjà visé par trois procédures judiciaires avant la disparition de Lyhanna, notamment une plainte datant de 2022 pour viol sur mineure de 15 ans – classée sans suite en 2024 – et une autre plainte pour viol déposée en août 2025 pour laquelle le suspect n’avait pas encore été entendu par la justice.
Une autre plainte pour viol sur mineur a été déposée mercredi, a fait savoir la procureure de la République d’Auch Clémence Meyer.
L’affaire a pris un tour politique face à la vague de critiques concernant d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement des plaintes pour viols accusant le suspect.
« Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement », a réagi vendredi Emmanuel Macron depuis le Monténégro où il assiste à un sommet UE-Balkans occidentaux. « Nous ne pouvons pas ne pas voir que des failles se sont révélées. Il faut maintenant les clarifier. »
« Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû se passer. C’est une évidence. Et c’est inacceptable », a jugé Emmanuel Macron, se disant « choqué ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni vendredi dans la matinée le ministre de la Justice Gérald Darmanin et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez pour faire un « point de situation » sur cette affaire.
« ÉLÉMENTS ACCABLANTS »
Le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux, qui rendent évidemment incompréhensible que le mis en cause n’ait pas été entendu dans le cadre de la plainte de viol déposée en août dernier », a indiqué Matignon dans un communiqué à l’issue de la réunion.

Une mission d’inspection a été lancée dont les premières conclusions sont attendues sous 15 jours.
« La question est de savoir si tous les signaux d’alerte ont été pris en compte à temps, si toutes les procédures ont fonctionné comme elles auraient dû fonctionner et si les priorités ont été les bonnes », a indiqué Matignon.
Sur le plateau du journal télévisé de TF1, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pointé des défaillances de ses services.
« Aujourd’hui l’institution judiciaire n’a pas su protéger cette petite fille. J’en tirerai toutes les conséquences et au nom de la justice comme ministre, je veux présenter mes excuses à cette famille et aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances », a-t-il déclaré.
« Peut-être qu’il y a eu un dysfonctionnement spécifique mais de toute manière on sait très bien que les services de justice sont complètement surchargés (…) Les plaintes pour viol mettent des années à être traitées », a souligné Sophie Barre, membre du collectif « Nous Toutes », auprès de Reuters.
L’affaire a suscité de multiples réactions dans la classe politique, tous bords confondus.
La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a dénoncé sur X un « fait social qui illustre l’incapacité systémique de notre société à protéger les femmes et les enfants des violences sexuelles ». « Ce n’est pas un dysfonctionnement isolé », a-t-elle accusé.
« Tant de temps gâché, de témoignages et de plaintes ignorés », a regretté pour sa part la cheffe de file des députés La France insoumise (LFI) Mathilde Panot sur le même réseau tandis que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a jugé que « toute la France est révoltée par l’inaction des pouvoirs publics ».
Par la voix de son avocat, la famille de Lyhanna a dit jeudi son « plus grand effroi » après la découverte du corps sans vie non identifié.
Les avocates du principal suspect, présumé innocent, ont fait savoir pour leur part qu’elles ne feraient aucune déclaration à la presse.





