L’influence considérable de Marco Rubio dans la deuxième administration Trump et son rôle dans l’opération militaire qui a conduit à la capture de Nicolas Maduro valent au chef de la diplomatie américaine d’être présenté par certains internautes comme le nouveau dirigeant du Venezuela.
La chute de Nicolas Maduro, incarcéré aux États-Unis sur des accusations de trafic de drogue, est un succès personnel pour Marco Rubio, fils d’exilés cubains qui cible depuis longtemps le régime chaviste, principal allié régional du gouvernement communiste cubain.
Mais les incertitudes entourant la situation au Venezuela, où la transition démocratique apparaît hypothétique, font peser un risque politique certain sur l’ancien sénateur de Floride, qui s’était présenté à la primaire républicaine en vue de l’élection présidentielle de 2016 face à Donald Trump, et ne fait pas mystère de ses ambitions pour 2028.
Le risque est d’autant plus grand pour le secrétaire d’Etat qu’il devrait être en compétition avec le vice-président J.D. Vance, partisan d’un isolationnisme américain sur la scène internationale qui pourrait mettre en avant un éventuel fiasco vénézuélien pour discréditer son rival.
Marco Rubio est déjà accusé par certains membres du mouvement MAGA (« Make America Great Again ») de Donald Trump d’être un néoconservateur belliciste, un anathème qui renvoie à l’interventionnisme désastreux de l’administration de l’ancien président républicain George W. Bush, notamment en Irak.
« L’administration va devoir s’occuper du Venezuela pendant des mois et sans doute même des années, et Rubio pourrait bien traîner cela comme un boulet », estime Justin Logan, directeur des études sur la défense et la politique étrangère au Cato Institute, un centre de réflexion libertarien basé à Washington, hostile aux interventions militaires à l’étranger.
REGAIN DE POPULARITÉ
Tommy Pigott, porte-parole adjoint du département d’État, a contesté toute différence d’approche au sein de l’administration Trump au sujet du Venezuela.
« Toute l’administration est unie pour réaliser l’objectif du président Trump: faire passer le Venezuela d’un pays opprimé par un régime narcoterroriste illégitime qui menace notre sécurité, à un pays stable qui est un partenaire dans la région », a-t-il déclaré.
À court terme, le succès de l’opération au Venezuela a redoré l’image de Marco Rubio, qui apparaît aux yeux de certains comme le visage compétent d’une administration au fonctionnement pour le moins chaotique, et lui a valu un regain de popularité en Floride auprès de l’importante communauté d’origine cubaine, qui rêve de la chute du gouvernement communiste de l’île.
La lutte contre le communisme « fait partie de son ADN » et « est au coeur de son identité politique », souligne Cesar Conda, un stratège républicain qui a été le chef de cabinet de Marco Rubio de 2011 à 2014.
L’adhésion des Américains d’origine cubaine et vénézuélienne à la politique de l’administration Trump pourrait aussi donner un coup de pouce bienvenu aux républicains lors des élections de mi-mandat en novembre, qui s’annoncent difficiles pour le camp présidentiel, relève Ford O’Connell, un stratège républicain basé en Floride.
L’expert juge en revanche peu probable que la politique latino-américaine soit déterminante pour la composition du ticket présidentiel républicain de 2028, qui dépendra du bon vouloir de Donald Trump.
Ce dernier ne s’est pas choisi d’héritier pour le moment, même s’il a plusieurs fois cité les noms de J.D. Vance et de Marco Rubio, allant même jusqu’à suggérer que les deux hommes seraient « inarrêtables » s’ils étaient colistiers.
PLAN EN 3 PHASES À L’ISSUE INCERTAINE
Marco Rubio, 54 ans, est depuis longtemps un contempteur du gouvernement chaviste de Caracas. Lors du premier mandat de Donald Trump, il avait contribué au renforcement des sanctions visant le Venezuela, et dès son retour aux affaires en février dernier, il a effectué une tournée en Amérique centrale et dans les Caraïbes, où il a supervisé la saisie officielle d’un avion utilisé par Delcy Rodriguez, vice-présidente de Nicolas Maduro qui vient de remplacer ce dernier à la tête de l’Etat.
S’il entretient de longue date de bonnes relations avec l’opposition vénézuélienne, le secrétaire d’Etat a approuvé la décision de Donald Trump de laisser Delcy Rodriguez et le régime chaviste au pouvoir en échange de leur collaboration avec les États-Unis, notamment en matière de pétrole.
Marco Rubio a présenté la semaine dernière un plan en trois phases censé garantir la stabilité du Venezuela, qui prévoit un redressement économique alimenté par des investissements d’entreprises américaines dans le secteur énergétique du pays ainsi que la libération ou le retour d’exil des opposants vénézuéliens, avant d’envisager une véritable transition démocratique lors de la dernière phase.
Nombre d’experts doutent cependant que le processus arrive à son terme.
« Comment (Rubio) va-t-il convaincre Donald Trump, en premier lieu, et nombre d’autres responsables de l’administration, qu’il est dans leur intérêt que les choses avancent au-delà de la phase deux? », s’interroge Will Freeman, membre du Council on Foreign Relations, un centre de réflexion apolitique basé à New York.
(Simon Lewis et Humeyra Pamuk, avec la contribution de Gram Slattery ; version française Tangi Salaün, édité par Kate Entringer)





