Laurent Mazaury, député du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), est préoccupé par les préoccupations des Français qui regardent les groupes politiques avec « méfiance et inquiétude ».
Transcription:
Depuis des semaines, les citoyens nous regardent avec méfiance et inquiétude : ils sont las, voire en colère. Dans ma circonscription des Yvelines, j’ai rencontré des habitants de tous les bords politiques, porteurs d’un seul et même message : à l’Assemblée nationale, entendez-vous enfin pour qu’on avance, pour qu’on adopte un budget, pour que nos entreprises puissent se projeter et pour que nos messages et nos priorités soient entendus et fassent l’objet de mesures concrètes, mais avant tout réalistes.
Il est grand temps que nous puissions exercer les missions qui nous ont été confiées il y a à peine plus d’un an. Celles-ci ont été largement compromises par différentes baisses de régime liées à l’instabilité politique qui, si elle retarde nos travaux, a aussi comme effet d’augmenter mécaniquement nos dépenses publiques.
Une dissolution, largement décriée tant elle a été désastreuse, et la succession de trois gouvernements en un an – sans compter celui qui n’a duré que quelques heures – ont eu pour effet d’exaspérer nos concitoyens, d’augmenter notre instabilité économique et politique et de peser un peu plus sur nos finances publiques, dont le rééquilibrage constituait déjà une urgence.
Nous débattons d’une énième motion de censure qui, si elle devait être votée, produirait les mêmes effets que ceux de l’instabilité dont je viens de vous rappeler les méfaits et les conséquences plus que désastreuses pour notre pays. C’est dans ce contexte qu’une très large majorité des députés du groupe LIOT ne votera pas cette censure.
Cela étant réaffirmé, il nous faut maintenant dire avec fermeté pourquoi cette large majorité du groupe ne souhaite pas la voter et ce qu’elle attend dans le futur proche – très proche.
Tout d’abord, notre groupe l’a dit et redit depuis le mois de septembre : il est urgent que les voix républicaines de cet hémicycle puissent travailler ensemble, en faisant des compromis, pour voter de réels budgets, et non des budgets spéciaux jusqu’à l’élection présidentielle, afin que notre France puisse fonctionner et tenir son rang. Nous constatons déjà tous les jours les dégâts d’une éventuelle loi spéciale et de l’instabilité politique dans nos territoires, où des entreprises hésitent à s’installer et où d’autres ont peur d’investir.
Par ailleurs, nous attendons de vous, monsieur le premier ministre, un réel dialogue avec le Parlement ainsi qu’un investissement – ou un réinvestissement – considérable dans certains secteurs que nous connaissons tous : la justice, la sécurité, la santé, l’éducation. Et que dire de nos territoires ultramarins, qui manquent cruellement de moyens ? Ces sujets deviennent une source de tensions et d’exaspération pour nos concitoyens.
S’agissant des retraites, le groupe LIOT défend depuis longtemps la suspension de la réforme de 2023 ainsi que la tenue d’une conférence de financement. Aussi accueillons-nous avec bienveillance – mais aussi avec beaucoup d’attentes – votre volonté de la suspendre. Il ne s’agit pas seulement d’attendre 2027, bien que l’élection présidentielle puisse donner un nouveau souffle à ce débat, mais de travailler dès aujourd’hui, avec sérieux et en écoutant nos concitoyens et les partenaires sociaux, à une réelle refonte du système. Celle-ci devra viser à la fois à protéger notre modèle social et à assurer la pérennité de son financement à long terme, dans le contexte démographique que nous connaissons et que personne ne peut nier.
Nous attendons également de vous que les débats qui s’annoncent puissent conduire à une plus grande justice fiscale. Il n’est pas possible de faire toujours reposer les efforts sur les mêmes. Beaucoup de nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi ils travaillent quand ils rencontrent des difficultés pour se soigner, pour se loger, voire pour se nourrir. Leur pouvoir d’achat diminue pendant qu’ils voient les plus grandes fortunes s’enrichir davantage chaque année.
Dans ce contexte, il est indispensable que les plus fortunés contribuent davantage à l’effort, sans toucher pour autant au capital productif, et d’agir pour que le travail paie plus. C’est ce chemin que le groupe LIOT a toujours souhaité emprunter.
Notre groupe veillera également à ce que les territoires d’outre-mer ne soient pas mis de côté. Chacun d’entre eux fait face à des enjeux spécifiques et urgents. Je pense notamment, pour n’en citer qu’un – et cela ne vous surprendra pas –, à Mayotte qui, il y a près d’un an, a été violemment frappée par le cyclone Chido. Nous connaissons le bilan de cette catastrophe. Il est désormais temps d’agir : une ligne budgétaire spécifique, relative aux 4 milliards d’euros prévus, doit enfin concrétiser la promesse donnée ici même, dans cet hémicycle.
Par ailleurs, comme l’a déjà rappelé notre président délégué Christophe Naegelen, placer le ministère des outre-mer en treizième position dans l’ordre protocolaire constitue un mauvais signal – signal symbolique, certes, mais mauvais. (M. Frédéric Maillot applaudit.) Nous veillerons donc particulièrement à ce que tous les territoires d’outre-mer, mais également la Corse, soient bien pris en considération.
Il est impératif pour les Français que nous puissions travailler dans la confiance. Pour cela, votre indépendance vis-à-vis du chef de l’État est nécessaire. Le dialogue que vous appelez de vos vœux traduit – j’en suis convaincu – une volonté sincère de votre part, mais il ne pourra se nouer sans votre libération de la tutelle du président de la République.
À cet égard, nous ne pouvons accepter que celui-ci rejette la responsabilité de l’instabilité sur le Parlement, alors qu’elle est indiscutablement le fruit malheureux d’une mauvaise décision – la dissolution de 2024 –, prise seul et pour de mauvaises raisons, qui a coûté plus de 14 milliards d’euros à la France selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Malheureusement, sa récente déclaration ne l’honore pas ; il ne faudrait pas qu’elle alimente en coulisse les ressentiments au cours des débats indispensables à notre pays qui vont bientôt commencer.
Nous ne pouvons pas nous contenter de promesses. Nous devons donc poser des actes concrets et construire en commun, dans le seul intérêt des Français. C’est l’appel que je vous lance, à vous, monsieur le premier ministre, mais également à tous nos collègues.
Si notre groupe, dans sa très grande majorité, ne votera pas la censure, il restera responsable. Si, à l’avenir, le dialogue que nous souhaitons nouer avec vous et votre gouvernement pour faire face aux urgences devait être rompu, notre décision d’aujourd’hui pourrait être différente demain. Quand bien même nous avons le plaisir de voir sur le banc des ministres notre cher collègue, ami et ancien président de groupe Laurent Panifous, nous restons un groupe d’opposition mais qui se veut, comme il l’a toujours été, constructif.
Nous espérons que cette attitude d’opposition constructive contribuera à des débats sincères qui permettront l’adoption de mesures justes et d’un budget le plus équilibré possible dans ces circonstances politiques particulières. Vous avez souhaité renoncer à l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. C’est une première étape vers une écoute sincère de votre part. Néanmoins, il faut aussi que, durant les débats, les propositions que chacun d’entre nous formulera puissent être entendues et appréciées. Aller jusqu’au bout des échanges sans prendre en considération les propositions de tous n’aboutirait à aucune mesure efficace pour notre pays et continuerait à alimenter la méfiance de nos concitoyens.
Donnons un budget juste à notre pays. Je fais ici le vœu que les débats de notre Parlement aboutissent à des propositions réalistes et évitent ainsi, contrairement à l’an dernier, toutes les surenchères financièrement délirantes. En résumé, je n’ai qu’une chose à dire : au travail ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe HOR. – Mme Joséphine Missoffe applaudit également.)





