“C’est extrêmement difficile, dans les semaines qui viennent, d’obtenir des victoires et de reconstituer un budget acceptable”, a déclaré le député socialiste Paul Christophle pour justifie son choix de voter la censure.
Transcription:
À force de déposer des motions à répétition, certains semblent avoir oublié que la démocratie, ce n’est pas le vacarme permanent : c’est le courage du dialogue, c’est la force du débat, c’est l’intelligence du compromis, dans le respect du mandat que nous ont confié les Français.
De quoi allons-nous débattre ce matin ? Il nous faut l’expliquer à celles et ceux qui nous écoutent encore – s’il en reste, au vu de la désolante prestation que nous leur offrons ces derniers temps. Il nous faut leur dire tout le ridicule de cette scène. Nous sommes aujourd’hui réunis pour débattre de motions de censure qui ont été déposées par les extrêmes, alors même que le gouvernement ne s’était pas encore exprimé sur ses orientations et ses choix budgétaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.) C’est assez cocasse, vous en conviendrez, puisque cela revient à congédier un salarié avant même son premier jour. Il serait, par nature, fautif, coupable de ne pas venir de vos rangs, mais il en est ainsi. Sans même laisser le premier ministre prononcer le moindre mot, l’extrême droite et l’extrême gauche ont décidé de s’unir pour bloquer le pays.
Voilà donc leur conception du débat démocratique : censurer, toujours ; écouter, jamais !
Commençons à regarder, à l’extrême droite de notre hémicycle, ces élus qui, à longueur de discours, nous donnent des leçons de sagesse et de supériorité. Observons cette extrême droite faire soudainement preuve d’un enthousiasme politique après des mois d’errance dans les couloirs de notre assemblée. Souvenons-nous qu’en février 2023, le Rassemblement national déposait une motion de censure contre le gouvernement qui proposait alors d’instaurer la réforme des retraites. Nous voilà en octobre 2025 et ce même parti dépose une motion de censure contre un gouvernement qui propose, cette fois, de suspendre cette réforme. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Chercher la cohérence idéologique de l’extrême droite me semble à présent plus difficile que de trouver une aiguille dans une botte de foin. Comme son programme, désormais introuvable en ligne, le Rassemblement national n’a plus aucune colonne vertébrale – si ce n’est la haine des autres, je vous l’accorde.
Je m’étonne donc de cette nouvelle prise d’affection pour la censure. C’est un véritable revirement et je ne saurais croire que votre goût soudain pour le blocage du pays trouve sa source dans un appétit électoraliste attisé par les derniers sondages.
Pire, je n’ose imaginer que cela ne soit qu’un moyen de faire oublier vos très récentes déconvenues judiciaires.
De l’autre côté de notre hémicycle, l’extrême gauche n’est pas en reste, elle qui a fait du chaos son mantra. À ses yeux, la censure n’est plus un outil démocratique : elle est devenue un instinct partisan. Ses députés ont une envie chronique de censurer. Loin de chercher le débat, ils ont désormais le réflexe de l’étouffer – et je n’oublie pas, pour ma part, que le réflexe n’est rien d’autre qu’un mouvement sans réflexion. Vous ne cherchez ni à construire ni à convaincre.
La censure, dans votre bouche, n’est plus l’expression d’une conviction mais celle d’une stratégie : occuper le temps médiatique, saturer le débat, empêcher toute avancée qui ne serait pas le fruit de votre mauvais génie. Vous prétendez défendre le peuple, mais vous privez le Parlement de sa voix. Quel paradoxe !
Vous vous dites l’incarnation même de la démocratie, mais vous en dévoyez les outils. Quelle fumisterie ! Vous revendiquez l’art du débat, mais vous en trahissez aujourd’hui l’esprit en refusant toute contradiction – d’un claquement de doigts, les grands débatteurs que vous êtes se transforment en piètres censeurs.
Par ailleurs, censurer, mais dans quel but ? L’instabilité, le chaos ? Nous en sommes déjà au troisième premier ministre en un an.
Quand allez-vous enfin penser à l’intérêt des Français ? Qu’ont-ils à gagner à voir ce blocage politique se poursuivre ? En réalité, avouez-le, vous n’espérez que la dissolution et l’instabilité politique. Même si vous n’avez que faire du prix financier, politique et démocratique d’une telle attitude, je veux ici vous le redire : la facture pour les Français d’une nouvelle dissolution serait de 15 milliards, pour refaire ce que le peuple vient tout juste d’élire.
Et pour quel résultat demain ? Un hémicycle où l’extrême droite gagnerait quelques sièges supplémentaires, mais sans pour autant disposer d’une majorité.
Nous serions alors dans une Assemblée toujours aussi fracturée qu’aujourd’hui, tout aussi incapable de s’entendre dans un pays de nouveau paralysé par les divisions. Ainsi, les Français douteraient encore davantage de leurs institutions. Le prix le plus lourd ne serait alors pas dans les urnes, mais dans les têtes. C’est la confiance démocratique qu’on érode, qu’on abîme, à force de jouer avec les institutions comme avec des allumettes.
J’en suis sincèrement convaincu : la France n’a pas besoin de vos calculs stériles, de vos querelles vaines. Les Français attendent de nous que l’on travaille, que l’on propose, que l’on argumente. Dans la tempête politique que nous connaissons, dans cette crise larvée que beaucoup ici nourrissent, il devient urgent de revenir à l’essentiel : l’intérêt général.
Chez Horizons, nous faisons le choix de la stabilité, de la cohérence, du débat parlementaire et de la vérité : ces mots devraient – nous en sommes certains – guider toute action publique et tout discours politique.
La stabilité, d’abord. Loin d’être le synonyme de l’immobilisme, elle est le signe d’une grande et nécessaire responsabilité. C’est elle qui garantit la continuité de l’État et la confiance des Français envers la représentation nationale.
La cohérence, ensuite. Gouverner, c’est tracer une ligne claire et la tenir, même si elle n’est pas la plus commode ou la plus populaire. La cohérence, c’est la marque de la conviction.
Le débat parlementaire, nous le souhaitons : il dotera notre pays d’un budget qui nous permettra de respecter nos engagements et de rétablir nos finances.
La vérité, enfin. Si elle n’est pas toujours confortable, elle seule permet de garantir la confiance. Dire la vérité, c’est respecter les Français, refuser les recettes magiques et les promesses insoutenables. Stabilité, cohérence, débat parlementaire et vérité : voilà les quatre piliers d’une action publique digne et durable. C’est sur ces piliers que le groupe Horizons a la volonté de reconstruire la parole politique, quand d’autres se contentent de la rabaisser. C’est dans cet esprit que nous ne souhaitons pas censurer un gouvernement sous prétexte qu’il défendrait quelques idées différentes des nôtres. C’est encore dans cet esprit que nous nous exprimons – sans trembler, sans hésiter – sur la suspension de la réforme des retraites, que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
Je l’ai dit au moment de votre discours de politique générale et je le répète : avec les députés de mon groupe, nous ne voterons pas n’importe quoi. Nous n’avons aucunement l’intention de renier nos valeurs et nous comptons bien utiliser le temps du débat budgétaire pour défendre nos convictions avec constance.
La France a besoin d’un budget crédible, sincère et équilibré. Elle n’a rien à gagner à entendre les excès et les postures des extrêmes, qui ne veulent assurément pas la réussite de notre pays.
Monsieur le premier ministre, vous nous avez rappelé l’essence même du mandat de député. Le législateur est ici pour débattre et faire la loi. Alors oui, vous proposerez, nous débattrons et nous voterons.
Pour toutes ces raisons, le groupe Horizons & indépendants ne soutiendra pas ces motions de censure mortifères et irresponsables. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EPR. – M. Salvatore Castiglione applaudit également.)





